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L’IA comme miroir narratif - Vers une nouvelle écologie des récits

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L’IA comme miroir narratif Vers une nouvelle écologie des récits « L’IA ne possède pas d’histoires. Mais elle pourrait devenir un miroir où les humains examinent les leurs. » Un phénomène discret est en train d’apparaître Chaque jour, des millions de personnes discutent avec des intelligences artificielles conversationnelles. Elles leur posent des questions, leur demandent d’expliquer un concept, de reformuler une idée, d’aider à écrire un texte ou parfois simplement d’explorer une situation personnelle. À première vue, il pourrait s’agir d’un simple outil technologique, comparable à un moteur de recherche ou à un logiciel d’écriture. Mais si l’on observe ce phénomène sous un angle plus profond, quelque chose de plus intéressant apparaît. Depuis toujours, les êtres humains élaborent leurs récits dans des conversations : avec leurs proches, avec leurs enseignants, avec leurs lecteurs, avec leurs interlocuteurs. Aujourd’hui, une partie de ces conversations se d...

La spirale des récits vivants — une carte pour comprendre les transformations du monde

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🌀 LA SPIRALE DES RÉCITS VIVANTS Une carte pour comprendre les transformations du monde Chaque époque habite une constellation de récits. Certaines de ces histoires semblent solides, presque évidentes. Elles organisent la manière dont les sociétés comprennent le monde. D’autres récits circulent en silence. Ils apparaissent dans les marges, dans les conversations, dans les œuvres artistiques ou dans les réflexions minoritaires. Puis parfois, quelque chose se produit. Les récits dominants commencent à se fissurer. Les histoires qui semblaient expliquer le monde deviennent moins convaincantes. Les événements résistent à leurs promesses. Les contradictions apparaissent. Dans ces moments-là, une transformation plus profonde devient possible. Non seulement une transformation politique ou technologique, mais une mutation narrative . 🌍 Les humains vivent dans des récits Les récits ne sont pas seulement des histoires que l’on raconte. Ils sont les milieux invisi...

Pourquoi un pôle structurel à côté de la fiction ?

Réflexion issue des registres croisés de fiction et d’analyse structurale. Pourquoi un pôle structurel à côté de la fiction ? Certains textes prennent la forme de récits. D’autres exigent une observation plus structurelle. Écrire des récits vivants, c’est ouvrir des passages de sens. C’est tenir des seuils. C’est explorer ce qui tremble sans le figer. La fiction permet d’habiter une tension. Elle laisse respirer ce qui ne peut pas être réduit à une thèse. Mais certaines dynamiques ne relèvent pas seulement du récit. Elles relèvent de la forme. Lorsque les tensions deviennent collectives, lorsque les flux s’intensifient, lorsque les structures influencent silencieusement les vies, il devient nécessaire d’observer les mécanismes eux-mêmes. Non pour dénoncer. Non pour prescrire. Mais pour clarifier. C’est dans cet espace qu’existe le Collectif de Veille . La fiction explore l’expérience. Le pôle structurel observe les architectures invisibles qui la rendent possible. L’un travai...

Le silence comme écoute intérieure - Récits dominants, récits vivants, et la possibilité d’un « pourquoi pas ? »

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Le silence comme écoute intérieure Récits dominants, récits vivants, et la possibilité d’un « pourquoi pas ? » Il existe des silences qui ne sont pas des pauses. Pas des absences. Mais des déplacements . Dans certains récits — et peut-être dans certaines périodes de nos vies — le silence ne vient pas calmer le monde. Il vient tester notre manière d’écouter . Quand le bruit s’arrête, qu’est-ce qui écoute ? Nous vivons immergés dans des récits dominants. Ils organisent le réel, donnent des cadres, produisent de la cohérence. Ils expliquent vite, interprètent tôt, concluent souvent. Mais que se passe-t-il quand, pour une raison ou une autre, le bruit baisse ? Non pas seulement le bruit sonore, mais le bruit des interprétations automatiques, des récits prêts à l’emploi, des réponses qui rassurent. Le silence, alors, ne dit rien. Il retire . Et ce retrait pose une question simple, presque inconfortable : Sommes-nous encore capables d’écouter autrement que...

Cartographier l’IA : pour une écologie des techniques au-delà du pour/contre

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  Cartographier l’IA : pour une écologie des techniques au-delà du pour/contre Si l’on pose l’intelligence artificielle comme un horizon de transformation radicale de nos sociétés, on risque deux écueils classiques : ✧ en faire un totem aux pouvoirs libérateurs — utopie technique ; ✧ ou en faire un démon totalisant — technophobie radicale . Les débats actuels — à gauche, mais aussi dans la société entière — tournent en rond parce qu’on parle trop souvent d’“ IA ” comme d’un bloc unique, d’une essence ou d’un destin. Or, l’IA n’est pas une substance : c’est une constellation d’infrastructures, de régimes de décision, de pratiques sociales, et de rapports de pouvoirs . Ce que nous appelons IA est un ensemble de milieux techniques — chacun à effets, intensités, temporalités et desiderata politiques différents. Ce que propose ce blog, inspiré de cartographies comme celle développée dans l’ Atlas des Récits Vivants , c’est une cartographie opératoire des technolog...

Scènes de seuil

Scènes de seuil Ce texte n’explique rien. Il rassemble des scènes. Tu peux t’arrêter quand tu veux.   Première scène de seuil Il n’y a pas eu de rupture nette. Pas de phrase décisive. Pas d’événement fondateur. Seulement ce moment précis où les mots habituels ont cessé de fonctionner. Ils étaient pourtant là, à portée de bouche. Bien rangés. Disponibles. Mais quand il a fallu les prononcer, ils sont restés sans poids. Ce n’était pas du doute. C’était autre chose. Une fatigue plus calme. Comme si expliquer devenait une forme de bruit. Alors il s’est tu. Pas par sagesse. Par nécessité. Dans ce silence, rien n’est apparu. Aucune réponse. Aucune image forte. Seulement la sensation d’un sol qui ne demandait plus à être interprété. Il n’a pas cherché à comprendre ce que cela signifiait. Il a simplement cessé d’ajouter. Quelque chose, là, respirait mieux. Ce n’était pas une paix. Plutôt un arrêt juste. Comme lorsqu’on repose un objet trop longtemps ...

La caverne et le dehors - Récits dominants, récits vivants — relire Platon aujourd’hui

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La caverne et le dehors Récits dominants, récits vivants — relire Platon aujourd’hui Il existe des récits qui tiennent le monde en place. Et d’autres qui permettent d’y respirer. Depuis quelque temps, une intuition s’impose à moi : la distinction entre récits dominants et récits vivants entre en résonance profonde avec un mythe ancien — celui de la caverne, formulé par Platon . Non comme une simple métaphore illustrative, mais comme une cartographie des milieux narratifs que nous habitons. La caverne n’est pas un mensonge Dans le mythe, les prisonniers de la caverne ne sont ni naïfs ni trompés volontairement. Ils vivent dans un monde cohérent , structuré, partagé. Les ombres qu’ils perçoivent : ont une logique, offrent une stabilité, permettent une compréhension commune. La caverne n’est pas l’erreur. C’est un milieu de sens fermé , mais fonctionnel. C’est précisément ainsi que fonctionnent les récits dominants . Les récits dominants : des habitats...

Récits qui apaisent, récits qui tiennent

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Récits qui apaisent, récits qui tiennent Il existe des récits qui font du bien. Et il existe des récits qui permettent de rester. Les deux ne s’opposent pas. Mais ils ne jouent pas le même rôle, surtout dans le monde qui se durcit sous nos yeux. Quand les récits apaisent Les récits qui apaisent répondent à un besoin fondamental : ne pas être submergé . Ils apparaissent lorsque : la violence devient trop présente, le chaos envahit l’espace psychique, le monde semble perdre toute cohérence. Ils cherchent alors à réduire l’angoisse , à redonner du sens , à réparer intérieurement ce que l’extérieur abîme. Souvent, ces récits expliquent la violence : par l’ignorance, par la blessure, par l’oubli, par une perte de conscience. Ils affirment qu’au fond, quelque chose de bon demeure intact, qu’il suffirait de s’en souvenir, et qu’en attendant, il faut se protéger. Ces récits ont une fonction réelle . Ils consolent. Ils calment. Ils permettent de conti...

Peut-on évaluer une œuvre qui ne cherche pas à convaincre ?

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Peut-on évaluer une œuvre qui ne cherche pas à convaincre ? Il existe des œuvres qui demandent à être expliquées. D’autres demandent simplement à être regardées sans précipitation. Depuis plusieurs années, je développe un travail d’auteur situé au seuil : entre fiction et essai, entre écriture et dispositifs, entre lucidité et sensibilité. Ce travail est souvent qualifié de symbolique , poétique , ou de transformation . Une question revient pourtant, de manière récurrente — parfois de l’extérieur, parfois de l’intérieur : Comment évaluer une œuvre qui ne cherche pas à convaincre ? Comment la soumettre à un regard rigoureux, sans la réduire à une grille qui l’assèche — ni la soustraire à toute exigence au nom du sensible ? Le malentendu autour de l’évaluation Dans l’imaginaire courant, évaluer signifie : mesurer, comparer, classer, noter. Cette conception fonctionne relativement bien pour des objets standardisés, reproductibles, ou explicitement orientés ve...

Les récits dominants et les récits vivants

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Les récits dominants et les récits vivants Une lecture fondatrice Il existe une idée tenace : pour se libérer d’un pouvoir, il faudrait d’abord détruire ses récits. Briser les mythes. Démystifier. Désenchanter. Pourtant, l’un des textes les plus radicaux jamais écrits sur la domination politique ne dit pas cela. Dès la Renaissance, Étienne de La Boétie  pressent déjà que le pouvoir ne tient pas seulement par la contrainte, mais par les récits que les sociétés acceptent de faire vivre — parfois sans même s’en apercevoir. Le pouvoir comme fiction stabilisée La Boétie décrit une série d’objets et de symboles du pouvoir monarchique : fleurs de lys, ampoule sacrée, oriflamme, récits d’origine, légendes fondatrices. Il les appelle sans détour des balivernes . Mais — et c’est là toute la finesse du texte — il refuse de les démonter frontalement. Non par respect naïf pour la monarchie, mais parce qu’il comprend quelque chose d’essentiel : le pouvoir ne se mainti...