La maison commune
Les civilisations reposent sur le vivant, s’organisent par leurs gestes et leurs relations, se racontent à travers leurs récits et orientent leur avenir par leurs cosmologies. Nous parlons souvent de la Terre comme d’une maison commune.
L’expression apparaît dans les débats écologiques, dans certaines réflexions philosophiques et même dans les discours politiques.
Mais cette image est rarement explorée dans toute sa profondeur.
Car une maison n’est pas seulement un symbole.
Une maison est un lieu réel.
Un lieu où l’on vit. Un lieu où l’on se rencontre. Un lieu où l’on laisse des traces.
Et si l’on observe attentivement la manière dont fonctionne une maison, on découvre peut-être une clé pour comprendre les grandes transformations de notre époque.
Une maison habitée laisse toujours des traces
Dans une maison vivante, les choses ne restent jamais parfaitement propres ou immobiles.
On cuisine. On marche dans les pièces. On utilise les objets. On laisse parfois du désordre derrière soi.
Une maison habitée est une maison traversée par la vie.
Les traces, l’usure des objets, les petits désordres du quotidien font partie du mouvement normal d’un lieu habité.
Le problème n’est donc pas que la maison se salisse.
Le problème apparaît lorsque les habitants cessent de regarder l’état réel du lieu qu’ils partagent.
Les pièces que l’on préfère ne pas regarder
Dans toutes les maisons, certaines pièces deviennent symboliques.
Tout le monde les utilise. Mais certaines zones cessent peu à peu d’être réellement regardées.
Des lieux que l’on continue d’habiter, sans en voir pleinement l’état.
Des lieux où les traces s’accumulent.
Et où, progressivement, la responsabilité se dissout.
Elles deviennent des angles morts collectifs.
Non pas parce que la dégradation est anormale dans une maison habitée, mais parce que personne ne veut reconnaître sa part dans l’entretien du lieu.
La maison comme métaphore de la civilisation
Cette scène peut sembler simple.
Et pourtant, elle contient une image très juste de la manière dont fonctionnent nos sociétés.
Car les civilisations ressemblent beaucoup à des maisons.
Elles sont faites de lieux partagés :
infrastructures
institutions
ressources naturelles
Elles sont habitées par des millions de personnes qui agissent chaque jour à l’intérieur du même système.
Chacun y participe.
Chacun y laisse une trace.
Mais lorsque certaines conséquences apparaissent, pollution, dégradation du vivant, tensions sociales, la responsabilité devient soudain diffuse.
Certains disent : « ce n’est pas moi ».
D’autres disent : « les autres font pire ».
Certains préfèrent détourner le regard.
Et peu à peu, certaines pièces de la maison commune deviennent des lieux que l’on préfère ne pas regarder.
L’écologie comme hygiène de la maison du monde
Si l’on prend la métaphore au sérieux, l’écologie apparaît sous un jour nouveau.
Elle n’est pas seulement une science de l’environnement.
Elle devient une forme d’hygiène collective.
Dans une maison vivante, le problème n’est pas d’empêcher toute saleté.
Cela serait impossible.
Le véritable enjeu est de maintenir un équilibre :
entretenir ce qui s’abîme
réparer ce qui peut l’être
habiter un lieu implique d’en prendre soin
Nous vivons dans une maison plus vaste que nous.
La Terre en est le sol. Nos gestes en entretiennent les pièces. Nos relations en tissent les chemins. Nos récits en ouvrent les fenêtres. Et nos cosmologies en dessinent le ciel.
Lorsqu’une civilisation oublie cela, la maison se dégrade.
Mais lorsqu’une société réapprend à voir les traces qu’elle laisse et à prendre soin du lieu qu’elle habite, la maison commune peut redevenir un lieu vivant.
savons-nous encore habiter la maison du monde ?
Cosmologie des récits vivants
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