L’émerveillement face au vivant - Une nouvelle manière d’habiter la Terre

Cosmologie des récits vivants

L’émerveillement face au vivant

Une nouvelle manière d’habiter la Terre

L’émerveillement face au vivant — Zéphyr Avenel
Illustration d’auteur · Zéphyr Avenel

A u cœur d’une forêt ancienne, un marcheur s’arrête.

Devant lui se dresse un arbre immense.
La lumière traverse son feuillage.
Des particules dorées semblent danser autour du tronc.

Pendant un instant, le temps ralentit.

L’humain ne cherche plus à comprendre, à analyser ou à contrôler.

Il regarde.

Et dans ce simple geste, quelque chose change.

Car l’émerveillement est peut-être l’une des expériences les plus simples… et les plus profondes que nous puissions vivre face au monde.

✦ ✦ ✦

Une émotion oubliée de la modernité

Pendant plusieurs siècles, la modernité occidentale a été portée par un récit puissant.

Un récit de conquête.

La nature était perçue comme un territoire à explorer, à exploiter, à maîtriser.

Ce récit a produit d’immenses transformations :

  • la révolution industrielle
  • l’essor technologique
  • l’expansion scientifique

Mais il a aussi contribué à installer une séparation implicite entre l’humain et le reste du vivant.

La nature est devenue :

  • un décor
  • une ressource
  • un environnement extérieur

Aujourd’hui, les crises écologiques révèlent les limites de ce récit.

Et si la relation entre l’humain et le vivant devait être racontée autrement ?

La crise écologique : peur ou redécouverte du vivant

La crise écologique provoque aujourd’hui des réactions très différentes.

La première est la plus visible : la peur.

On parle de plus en plus d’anxiété climatique :

  • inquiétude face à l’avenir
  • sentiment d’impuissance
  • pessimisme collectif

Cette réaction est compréhensible.

Mais la peur possède une limite importante : elle peut conduire à la paralysie.

Or une seconde réaction apparaît également.

Plus discrète.

Mais peut-être plus profonde.

Une redécouverte du vivant.

Face à la fragilité des écosystèmes, beaucoup de personnes ressentent à nouveau :

  • fascination pour la complexité de la nature
  • admiration pour les systèmes vivants
  • sentiment d’appartenance à la biosphère

Le biologiste Edward O. Wilson avait proposé un concept devenu célèbre : la biophilie.

Selon lui, les êtres humains possèdent une affinité naturelle pour le vivant.

Pendant la majeure partie de leur histoire, les humains ont vécu en relation étroite avec les écosystèmes.

Reconnecter les sociétés humaines avec cette sensibilité pourrait ainsi devenir l’une des clés du futur.

La science redécouvre l’émerveillement

Un phénomène paradoxal s’est produit ces dernières décennies.

La science, parfois perçue comme froide ou mécaniste, est devenue l’une des sources les plus puissantes d’émerveillement.

Les découvertes scientifiques révèlent aujourd’hui un monde d’une richesse vertigineuse :

  • la complexité des écosystèmes
  • les réseaux invisibles du vivant
  • les symbioses entre espèces
  • la diversité stupéfiante de la biosphère
  • l’immensité du cosmos

L’astronome Carl Sagan exprimait souvent cette idée :

La science n’enlève pas le mystère du monde.
Elle l’approfondit.

De la même manière, la primatologue Jane Goodall a montré comment l’étude des animaux transforme notre regard sur la place de l’humain dans le vivant.

La connaissance scientifique peut ainsi nourrir un sentiment inattendu :

une forme de révérence envers la vie.

Une nouvelle sensibilité culturelle

Cette transformation du regard apparaît aujourd’hui dans plusieurs domaines culturels.

Dans la littérature, de nouveaux récits émergent :

  • récits écologiques
  • récits interespèces
  • science-fiction écologique

Dans la philosophie, plusieurs courants explorent une vision relationnelle du monde :

  • écologie profonde
  • pensée du vivant
  • philosophies de l’interdépendance

Dans les sciences humaines, des approches nouvelles apparaissent :

  • anthropologie multispecies
  • écologie relationnelle
  • études du vivant

Toutes ces perspectives remettent en question l’idée que l’humain serait séparé du reste du vivant.

Elles proposent au contraire une vision du monde fondée sur les relations.

Les émotions qui façonnent les civilisations

L’histoire montre que certaines émotions collectives peuvent structurer des périodes entières.

Dans les sociétés guerrières, l’émotion dominante était souvent l’honneur.

Dans les sociétés religieuses, la foi jouait un rôle central.

Dans les sociétés industrielles, l’optimisme du progrès a profondément orienté l’imaginaire collectif.

Chaque civilisation possède en quelque sorte une météorologie émotionnelle.

Aujourd’hui, certains penseurs suggèrent qu’une nouvelle émotion pourrait devenir centrale.

Une émotion qui mêlerait :

  • curiosité
  • respect
  • responsabilité
  • gratitude

Une forme d’émerveillement responsable face au vivant.

Un changement de récit

Si cette transformation se confirme, elle pourrait modifier profondément les récits culturels.

Pendant longtemps, le récit dominant était simple :

l’humain conquiert la nature.

Mais un autre récit commence à apparaître :

l’humain participe au vivant.

Ce déplacement peut sembler subtil.

En réalité, il est immense.

Il transforme potentiellement :

  • la politique
  • la science
  • l’économie
  • la culture

L’émerveillement comme force de protection

Les humains protègent rarement ce qu’ils considèrent comme banal.

Ils protègent ce qui leur semble :

  • précieux
  • unique
  • digne d’admiration

C’est pourquoi l’émerveillement peut jouer un rôle essentiel.

La peur peut alerter.

Mais l’émerveillement crée un attachement profond.

Et cet attachement peut devenir une force de transformation culturelle.

Une nouvelle manière d’habiter la Terre

Peut-être que le défi culturel du XXIᵉ siècle consiste à trouver un nouvel équilibre.

Ni naïveté.

Ni cynisme.

Mais une lucidité capable de reconnaître la complexité du monde… tout en conservant la capacité d’émerveillement.

Car l’émerveillement n’est pas une fuite hors du réel.

Il est souvent le signe d’une perception plus profonde du réel.

Et peut-être que les sociétés humaines auront besoin de cette émotion pour réinventer leur manière d’habiter la Terre.

ENCART FINAL

La peur peut réveiller les sociétés.

Mais seul l’émerveillement peut leur donner envie de prendre soin du monde.

Car les civilisations protègent rarement ce qu’elles redoutent.

Elles protègent ce qu’elles admirent.

Zéphyr Avenel

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