Habiter les technologies – Pour une réhumanisation symbolique du numérique
L’intelligence artificielle bouleverse aujourd’hui nos manières de travailler, de créer, d’apprendre et de communiquer.
Chaque semaine apporte son lot de découvertes, d’annonces spectaculaires et de promesses nouvelles.
Pourtant, derrière les débats sur la performance, une autre question apparaît.
Une question plus discrète. Peut-être plus essentielle.
Les technologies nous aident-elles à mieux habiter le monde ?
Depuis plusieurs siècles, le progrès est souvent associé à une augmentation de notre capacité à maîtriser notre environnement.
Maîtriser la matière. Maîtriser l’énergie. Maîtriser les distances. Maîtriser l’information.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle semble prolonger cette trajectoire.
Mais à mesure que notre puissance technique augmente, une interrogation nouvelle émerge :
Comment augmenter notre puissance sans diminuer notre capacité d’habitation ?
DE LA MAÎTRISE À LA RELATION
Une grande partie de l’histoire moderne peut être lue comme une conquête progressive de nouvelles formes de contrôle.
Cette dynamique a permis des avancées extraordinaires.
Mais elle possède également ses limites.
Une forêt n’est pas une machine.
Une relation n’est pas un algorithme.
Une existence humaine n’est pas un tableau de bord.
Le vivant se déploie dans la relation, l’incertitude, l’émergence et la métamorphose.
Peut-être avons-nous aujourd’hui besoin de déplacer légèrement notre regard : passer d’une logique de maîtrise à une logique de relation.
QU’EST-CE QU’UNE TECHNOLOGIE HABITABLE ?
Une technologie habitable n’est pas définie uniquement par sa puissance ou son efficacité.
Elle est définie par les formes de vie qu’elle rend possibles.
Elle augmente la capacité d’attention plutôt que la dispersion.
Elle soutient la relation plutôt que l’isolement.
Elle favorise l’autonomie plutôt que la dépendance.
Elle ouvre des possibles plutôt qu’elle ne les réduit.
Elle ne remplace pas l’expérience humaine. Elle l’accompagne.
LES RÉCITS COMME ÉCOLOGIE DU NUMÉRIQUE
Chaque technologie raconte une histoire.
Elle porte une vision du monde.
Elle influence nos gestes, nos habitudes et parfois même notre manière de nous représenter la réalité.
Les récits ne valent que s’ils permettent au vivant humain de respirer.
Cette phrase pourrait également devenir un critère pour évaluer nos technologies.
Permettent-elles davantage de présence ? Davantage de relation ? Davantage de sens ?
LE SEUIL PLUTÔT QUE LA MACHINE
La figure du seuil traverse de nombreuses traditions.
Un seuil n’est pas une destination. Ce n’est pas une injonction. C’est un passage.
Peut-être que les technologies les plus fécondes de demain ressembleront davantage à des seuils qu’à des instruments de domination.
Elles ne penseront pas à notre place. Elles ne vivront pas à notre place.
Elles créeront simplement les conditions d’une rencontre.
Avec soi. Avec les autres. Avec le monde.
UNE QUESTION POUR LE XXIᵉ SIÈCLE
Nous avons consacré des siècles à apprendre comment transformer le monde.
Le défi qui se présente aujourd’hui est peut-être plus subtil.
Comment faire en sorte que notre puissance technique renforce notre capacité à habiter plutôt qu’à nous éloigner du vivant ?
Comment construire des technologies qui soutiennent la présence, la relation, la création et le devenir ?
L’enjeu pourrait être de construire des mondes toujours plus habitables.
Auteur des Récits Vivants
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