SEUIL ZÉRO — CE QUI NE SE DIT PAS TOUT DE SUITE
SEUIL ZÉRO — CE QUI NE SE DIT PAS TOUT DE SUITE
Il y a des moments où la réponse arrive trop vite.
Elle se présente comme une solution, une évidence, une position claire.
On la reconnaît à son assurance.
Elle rassure.
Elle ferme.
Pourtant, quelque chose en nous n’a pas encore parlé.
Ce n’est pas du doute.
Ce n’est pas de l’hésitation.
C’est un temps plus lent, plus dense,
qui demande à être habité avant d’être formulé.
Nous avons appris à confondre la clarté avec la vitesse.
À croire qu’une parole juste doit être immédiate.
Qu’un silence est une faiblesse.
Qu’attendre, c’est céder.
Mais il existe des seuils
où avancer trop vite revient à se perdre.
Là, ce qui est requis
n’est pas une opinion supplémentaire,
mais une présence plus large.
Quelque chose qui accepte de ne pas trancher
tant que le lieu n’est pas prêt.
Ce n’est pas un refus de décider.
C’est un refus de réduire.
Certains espaces intérieurs
ne s’ouvrent que si l’on cesse de les forcer.
Ils ne répondent ni à l’urgence
ni à l’injonction.
Ils demandent une tenue.
Un respect.
Une respiration.
Alors on ralentit.
Non par prudence,
mais par fidélité
à ce qui cherche à émerger sans bruit.
Il n’y a rien à défendre ici.
Rien à démontrer.
Rien à rallier.
Seulement un endroit
où la parole ne précède pas l’écoute.
Où la position n’est pas encore une posture.
Où le sens n’est pas sommé d’apparaître.
Ce texte n’appelle pas de réponse.
Il n’en mérite pas.
Il marque simplement un passage.
Un lieu où l’on accepte de ne pas savoir tout de suite.
Où l’on cesse d’exiger de soi
une cohérence immédiate.
Où l’on reconnaît que certaines décisions
commencent
par le courage de rester.
Si quelque chose doit se dire,
cela viendra.
À son rythme.
Depuis un espace
qui n’a pas été violé par la hâte.
Ici, rien ne presse.
Et c’est peut-être là
que tout commence.
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