Le silence comme écoute intérieure - Récits dominants, récits vivants, et la possibilité d’un « pourquoi pas ? »
Le silence comme écoute intérieure
Récits dominants, récits vivants, et la possibilité d’un « pourquoi pas ? »
Il existe des silences qui ne sont pas des pauses.
Pas des absences.
Mais des déplacements.
Dans certains récits — et peut-être dans certaines périodes de nos vies — le silence ne vient pas calmer le monde.
Il vient tester notre manière d’écouter.
Quand le bruit s’arrête, qu’est-ce qui écoute ?
Nous vivons immergés dans des récits dominants.
Ils organisent le réel, donnent des cadres, produisent de la cohérence.
Ils expliquent vite, interprètent tôt, concluent souvent.
Mais que se passe-t-il quand, pour une raison ou une autre, le bruit baisse ?
Non pas seulement le bruit sonore,
mais le bruit des interprétations automatiques,
des récits prêts à l’emploi,
des réponses qui rassurent.
Le silence, alors, ne dit rien.
Il retire.
Et ce retrait pose une question simple, presque inconfortable :
Sommes-nous encore capables d’écouter autrement que pour comprendre, classer, conclure ?
Le silence n’enseigne rien
Il révèle.
Dans Au Seuil des Étoiles, le silence global n’est ni une illumination collective, ni une révélation spectaculaire.
Il agit comme un révélateur de posture.
Certains cherchent immédiatement à produire du sens.
D’autres veulent transformer le silence en message.
D’autres encore tentent de le refermer.
Mais pour quelques-uns, quelque chose d’autre devient perceptible.
Non pas une réponse.
Mais une qualité de présence.
Le silence comme écoute intérieure
L’écoute intérieure n’est pas une technique.
Ce n’est pas un effort.
Encore moins une performance spirituelle.
Elle apparaît quand :
- l’interprétation se fatigue,
- le besoin de comprendre se suspend,
- le récit intérieur cesse de parler trop fort.
Alors, ce qui devient audible n’est pas un contenu,
mais une manière d’être là.
Le silence n’ajoute rien.
Il enlève juste ce qui empêchait d’entendre.
« Pourquoi pas ? » — une position habitable
Face à cela, le livre ne propose ni croyance, ni rejet.
Il ne dit pas oui.
Il ne dit pas non.
Il laisse émerger une phrase beaucoup plus discrète :
Pourquoi pas ?
Ce pourquoi pas n’est pas naïf.
Il n’est pas crédule.
Il ne cherche pas à remplacer les récits dominants.
Il ouvre simplement une faille douce dans leur rigidité.
Et si quelque chose était possible
sans qu’on ait besoin d’y croire ?
Récits dominants, récits vivants
Les récits dominants veulent de la stabilité.
Ils supportent mal l’indéterminé.
Les récits vivants, eux, savent rester ouverts.
Ils n’exigent pas d’adhésion.
Ils tolèrent le flou.
Ils respirent.
Dans Atlas des Récits Vivants – Créer avec le vivant , j’explore cette idée :
les récits ne sont pas seulement des discours, mais des milieux.
Au Seuil des Étoiles en fait l’expérience par la fiction :
le lecteur n’est pas convaincu,
il est immergé dans un espace où le pourquoi pas ? devient vivable.
Une hypothèse modeste, mais décisive
Et si écouter autrement :
- n’était pas une capacité collective à décréter,
- mais une disponibilité fragile,
- toujours minoritaire,
- toujours menacée par le retour du bruit ?
Alors le silence n’est pas une solution.
Il est une possibilité.
Et parfois, c’est suffisant.
En guise de seuil
Je ne crois pas que le silence sauve.
Je crois qu’il déplace.
Je ne crois pas qu’il révèle une vérité.
Je crois qu’il rend certaines questions habitables.
Et peut-être qu’au fond,
ce que certains récits permettent encore,
c’est simplement cela :
Rester un moment dans l’écoute,
sans conclure.
Sans exclure.
Et se dire, calmement :
pourquoi pas ?
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