Quand nous cessons de nous raconter à travers le regard des autres
Quand nous cessons
de nous raconter
à travers le regard des autres
De la nécessité d’être reconnu
à la possibilité d’habiter sa propre place
Les conversations
qui n’ont jamais eu lieu
Il existe des conversations que nous poursuivons pendant des années alors qu’elles n’ont jamais réellement eu lieu.
Et parfois, longtemps après que l’autre a quitté la pièce, nous continuons encore à lui parler intérieurement.
Ce phénomène paraît banal.
Il dit pourtant quelque chose de profond sur la manière dont notre identité se construit.
Car nous ne nous racontons jamais entièrement seuls.
Nous apprenons qui nous sommes à travers les relations, les paroles reçues, les attentes perçues, les reconnaissances accordées ou refusées.
Nous sommes des êtres relationnels.
Mais quelque chose peut se dérégler lorsque le regard de l’autre cesse d’être une relation parmi d’autres et devient
le tribunal intérieur devant lequel
nous devons continuellement comparaître.
Combien de nos choix viennent réellement de nous — et combien sont encore des réponses au regard que nous supposons posé sur nous ?
Nous apprenons très tôt
à nous regarder
depuis l’extérieur
Un enfant ne naît pas avec une définition achevée de lui-même.
Il découvre progressivement qui il est à travers les relations.
Un sourire lui apprend
qu’il est accueilli.
Une parole lui apprend
qu’il est entendu.
Une interdiction lui révèle
une limite.
Une reconnaissance lui indique
qu’une part de lui peut trouver
une place dans le monde.
Cette dimension relationnelle n’est pas un défaut dont il faudrait se débarrasser.
Elle constitue une part essentielle de notre humanité.
Nous avons besoin des autres
pour devenir nous-mêmes.
Mais nous apprenons également autre chose.
Nous découvrons que certains comportements obtiennent davantage d’approbation que d’autres.
Que certaines émotions sont plus faciles à montrer.
Que certaines paroles provoquent de l’inquiétude, de la colère ou du rejet.
Que certaines manières d’être facilitent l’appartenance.
Peu à peu peut alors apparaître
une question silencieuse.
Que dois-je devenir pour conserver ma place ?
Elle n’est presque jamais formulée ainsi.
Elle se transforme en attitudes.
Prouver que nous sommes dignes de confiance, d’affection ou de considération.
Nous ne cessons pas d’être nous-mêmes d’un seul coup.
Nous apprenons plutôt à sélectionner les parties de nous qui semblent les plus acceptables.
Quand la reconnaissance devient
une condition d’existence
Être reconnu est profondément humain.
Nous avons besoin que quelqu’un puisse parfois nous dire :
Je te vois.
Le problème commence lorsque cette reconnaissance devient la condition nécessaire pour pouvoir nous reconnaître nous-mêmes.
Alors notre valeur devient instable.
Elle dépend de signaux extérieurs.
Un compliment nous rassure.
Une critique nous désorganise.
Un silence devient inquiétant.
Une distance devient une accusation possible.
Un désaccord devient une remise en question de notre personne entière.
Nous ne cherchons plus seulement à comprendre l’autre.
Nous cherchons dans son comportement une information sur
notre propre légitimité.
C’est ainsi que peut apparaître une forme particulièrement épuisante de vigilance relationnelle.
Que pense-t-il de moi ?
Ai-je fait quelque chose de mal ?
Pourquoi ne répond-elle pas ?
Est-il contrarié ?
Aurais-je dû dire autre chose ?
Que signifie ce silence ?
Nous croyons chercher des informations sur l’autre.
Mais souvent, nous cherchons surtout à répondre à une inquiétude plus ancienne.
Suis-je encore acceptable ?
Lorsque le regard de l’autre devient la mesure de notre propre valeur, nous ne regardons plus seulement vers lui.
Nous commençons à nous regarder avec ses yeux supposés.
Le piège des
conversations imaginaires
L’esprit humain supporte difficilement l’incertitude.
Lorsqu’une information manque, il construit des hypothèses.
C’est une capacité précieuse.
Elle nous permet d’anticiper, d’interpréter et de comprendre des situations complexes.
Mais dans les relations humaines, cette capacité peut également produire des récits extrêmement convaincants.
Quelqu’un ne répond pas. Nous imaginons une raison.
Quelqu’un paraît distant. Nous construisons une explication.
Quelqu’un change d’attitude. Nous cherchons ce que nous avons pu provoquer.
Le problème n’est pas d’émettre une hypothèse.
Le problème commence lorsque nous oublions qu’il s’agit d’une hypothèse.
Et nous pouvons souffrir profondément d’une conversation qui n’a jamais eu lieu.
Je peux accueillir
ce que je ressens
sans prétendre savoir
ce que l’autre ressent.
Cette distinction paraît simple.
Elle transforme pourtant profondément la relation.
Rendre à l’autre
ce qui lui appartient
Nous ne sommes pas responsables de toutes les émotions qui apparaissent autour de nous.
Cette affirmation ne signifie pas que nos actes seraient sans conséquences.
Nous avons à répondre de nos paroles, de nos gestes et de leurs effets lorsqu’ils nous sont exprimés.
Mais répondre de nos actes n’est pas la même chose que prendre en charge l’univers intérieur d’autrui.
L’autre possède sa propre histoire.
Et surtout sa responsabilité de mettre en mots, lorsqu’il le souhaite et lorsqu’il le peut, ce qui se passe pour lui.
Une relation plus juste devient possible lorsque chacun peut progressivement reprendre possession de cette responsabilité.
Voilà ce que j’ai ressenti.
Voilà ce que j’ai vécu.
peut apparaître quelque chose qui n’appartient entièrement ni à l’un ni à l’autre.
Un espace où deux récits peuvent se rencontrer sans avoir à se confondre.
Protéger sa paix
ne signifie pas supprimer l’autre
Nous entendons souvent aujourd’hui qu’il faudrait « protéger sa paix ».
L’intuition est importante.
Certaines relations épuisent.
Certaines situations exigent des limites.
Certaines paroles doivent recevoir un non.
Certaines distances deviennent nécessaires.
Mais l’expression peut également devenir trompeuse si elle signifie :
Tout ce qui me dérange doit disparaître de mon existence.
La paix intérieure n’est pas l’absence de contradiction.
Elle n’est pas un monde où personne ne nous confronte.
Elle n’est pas une forteresse émotionnelle.
Une paix véritable peut supporter le désaccord.
Elle peut entendre une critique sans immédiatement s’effondrer.
Elle peut reconnaître une erreur sans perdre sa dignité.
Elle peut également dire
Non à ce qui humilie.
Non à ce qui envahit.
Non à ce qui exige continuellement que nous renoncions à nous-mêmes pour maintenir la relation.
mon espace
ton espace
La relation demeure possible.
Une limite n’est donc pas nécessairement un mur.
Elle peut être la forme qui permet à la relation de ne pas devenir une confusion.
La valeur n’est pas quelque chose
que nous devons continuellement prouver
Il existe une fatigue particulière.
Celle de devoir constamment démontrer que nous méritons notre place.
Cette logique peut devenir presque invisible parce qu’elle ressemble parfois à une vertu.
Mais derrière ces qualités peut parfois se cacher une peur.
Si je cesse d’être utile, serai-je encore digne d’être considéré ?
Voilà peut-être l’une des questions les plus profondes de notre époque.
Car nos sociétés valorisent énormément ce que nous produisons.
Même l’identité peut finir par ressembler à un curriculum vitae.
Que fais-tu ?
Qu’as-tu accompli ?
Que peux-tu apporter ?
Une existence humaine ne peut pas être entièrement ramenée à sa fonction.
Nous ne sommes pas seulement ce que nous faisons.
Être soi n’est pas devenir
indifférent aux autres
« Soyez vous-même » est devenu une formule si répandue qu’elle semble parfois ne plus rien signifier.
Elle peut même devenir une justification commode :
Je suis comme cela. Aux autres de s’adapter.
Mais être soi n’est pas transformer son identité en forteresse.
Nous changeons.
Nous apprenons.
Nous sommes affectés par les rencontres.
Certaines critiques nous font grandir.
Certaines relations nous révèlent des parts de nous que nous ignorions.
L’autre n’est donc pas l’ennemi de notre authenticité.
Il peut en être l’un des révélateurs.Comment ne plus être influencé par personne ?
Elle serait impossible.Comment rester en relation sans abandonner continuellement le lieu intérieur depuis lequel je peux dire « je » ?
relation
Il ne s’agit pas de choisir entre soi et les autres.
Il s’agit de pouvoir être transformé par la rencontre sans avoir à disparaître en elle.
Être suffisamment soi
pour pouvoir réellement rencontrer l’autre.
Les parts de nous
que nous avons rendues silencieuses
Il arrive alors que nous découvrions quelque chose d’étrange.
Ce que nous avions considéré comme un défaut n’en était peut-être pas un.
Ces parts n’étaient pas nécessairement mauvaises.
Elles étaient parfois simplement devenues incompatibles avec le récit que nous pensions devoir incarner
pour conserver notre place.
ACCEPTABLE
Alors nous les avons repoussées vers les marges.
Nous avons continué à vivre.
Mais quelque chose de nous attendait.
C’est ici que la question de l’ombre prend une signification différente.
L’ombre n’est peut-être pas seulement ce que nous refusons de voir parce que cela serait honteux ou inquiétant.
Elle peut également contenir ce que nous n’avons jamais cru avoir le droit de devenir.
Les récits
empêchés
Nous portons peut-être plusieurs vies possibles.
Non pas au sens où nous pourrions toutes les réaliser.
Mais parce qu’une identité humaine n’est jamais entièrement contenue dans le récit qu’elle raconte actuellement d’elle-même.
Les « récits empêchés » ne sont pas une notion de Jung.
Les Récits Vivants proposent ici ce terme comme un prolongement narratif de son intuition de l’ombre : pour désigner ces possibilités de soi qui, sans être nécessairement cachées ou refoulées, n’ont pas trouvé place dans l’histoire que nous avons appris à raconter sur nous-mêmes.
Des chemins abandonnés.
Des désirs différés.
Des paroles retenues.
Des relations imaginées autrement.
Des possibilités que les circonstances, la peur ou les attentes d’autrui ont rendues difficiles à explorer.
récits empêchés
Ils ne demandent pas nécessairement à devenir notre nouvelle identité.
Ils demandent parfois seulement à être entendus.
une possibilité de soi
nécessairement la réaliser
Cela signifie pouvoir lui donner une place dans notre paysage intérieur.
Et cette reconnaissance peut déjà transformer quelque chose.
Certaines parts de nous ne demandent pas à prendre toute la place.
Elles demandent seulement à ne plus être condamnées à n’en avoir aucune.
Ce qui attend dans l’ombre n’est peut-être pas ce qu’il faut supprimer, mais ce qui n’a pas encore trouvé sa place dans le récit.
Nous ne sommes pas
un récit achevé
Peut-être avons-nous parfois une conception trop fixe de nous-mêmes.
Nous cherchons à savoir qui nous sommes comme s’il existait quelque part une réponse définitive.
Une identité stable. Une vérité intérieure. Une version enfin correcte de nous-mêmes.
Trouver enfin qui je suis vraiment.
Mais peut-être que l’identité humaine ne fonctionne pas ainsi.
Nous ne sommes pas un objet qu’il faudrait découvrir.
Nous sommes aussi une histoire qui continue de se transformer au contact du monde.
Ce que nous sommes aujourd’hui n’annule pas ce que nous avons été.
Ce que nous avons été ne décide pas entièrement de ce que nous pouvons devenir.
C’est peut-être l’une des intuitions les plus fécondes de l’identité narrative :
Nous pouvons demeurer nous-mêmes sans rester identiques.
Une continuité demeure.
Mais cette continuité n’exige pas l’immobilité.
reconnaître l’histoire que nous avons traversée
laisser apparaître ce qui devient possible
« Qui suis-je ? »
Une autre manière
d’habiter soi-même
Reconnaître plusieurs possibles ne signifie pas devenir toutes les personnes que nous aurions pu être.
Il ne s’agit pas davantage de recommencer continuellement sa vie.
Il s’agit de ne plus confondre notre récit actuel avec la totalité de notre être.
Habiter davantage de soi ne signifie pas occuper tout l’espace.
Cela signifie agrandir la maison intérieure.Une contradiction intérieure n’est plus nécessairement un échec.
Une hésitation peut devenir un lieu d’exploration.
Une part oubliée peut être entendue sans prendre le pouvoir.
Une autre possibilité de vie peut être imaginée sans devoir immédiatement être choisie.
Un espace apparaît alors entre ce que nous sommes et ce que nous croyions devoir être.
espace
du possible
Il ne s’agit peut-être pas de devenir quelqu’un d’autre.
Il s’agit parfois de permettre à davantage de nous-mêmes d’exister.Peut-être que la liberté intérieure ne consiste pas à devenir absolument indépendant de tout récit.
Nous avons besoin d’histoires pour donner une forme à notre expérience.
La liberté commence peut-être lorsque nous découvrons que l’histoire que nous racontons n’est pas la seule histoire possible.
Nous avons besoin des autres,
mais pas pour nous définir entièrement
L’autonomie n’est pas l’autosuffisance.
Nous avons besoin d’être vus, entendus, reconnus.
Nous avons besoin de relations dans lesquelles quelque chose de nous puisse apparaître.
la rencontre
la reconnaissance
la conversation
la contradiction
Mais il existe une différence essentielle entre être affecté par le regard d’autrui et lui abandonner entièrement le pouvoir de nous définir.
peut m’apprendre quelque chose sur moi
ne constitue pas nécessairement ma vérité
Nous pouvons écouter sans nous remettre entièrement entre les mains de celui qui parle.
Entendre ce qui nous est dit sans le nier immédiatement.
Examiner ce qui nous concerne sans tout prendre sur nous.
Laisser à l’autre ce qui appartient à son propre récit.
mon histoire
ton histoire
Deux récits peuvent se rencontrer sans que l’un ait besoin d’absorber l’autre.
Peut-être est-ce même l’une des conditions du dialogue.
Je n’ai pas besoin que tu deviennes moi
pour reconnaître que ton expérience existe.
Le monde commun
commence entre nous
Nous ne vivons jamais entièrement seuls dans nos récits.
Nos histoires se croisent, se répondent, se contredisent et parfois se transforment mutuellement.
ce que je vis
ce que nous construisons
ce que tu vis
Le monde commun n’exige pas que nous racontions tous la même histoire.
Il commence lorsque plusieurs récits peuvent demeurer présents dans un même espace.
Il est ce qui devient possible lorsque la différence ne détruit pas immédiatement la relation.
Nous pouvons ne pas voir la même chose.
Nous pouvons ne pas donner le même sens à ce qui arrive.
Nous pouvons même demeurer profondément en désaccord.
Et pourtant continuer à reconnaître en l’autre un interlocuteur.COMMUN ce que nous pouvons encore construire ensemble
C’est peut-être ici que le travail intérieur rejoint une question collective.
Apprendre à ne pas réduire notre propre identité à un récit unique
peut aussi nous apprendre à ne pas réduire l’autre à une seule histoire.
Peut-être qu’un monde commun ne commence pas lorsque nous sommes enfin d’accord.
Il commence lorsque nous devenons capables de reconnaître que quelque chose existe entre nous.
Un espace où je peux demeurer « je », où tu peux demeurer « tu », et où un « nous » peut apparaître sans effacer personne.
Se raconter
sans s’enfermer
Nous ne pouvons probablement pas vivre sans nous raconter.
Nous avons besoin de relier les événements, de reconnaître des continuités, de donner une forme à ce que nous traversons.
Sans récit, notre expérience risquerait de devenir une succession de fragments sans relation.
ce qui semblait dispersé
ce que nous avons traversé
quelque chose de notre expérience
ce qui pourrait encore advenir
ce qui nous aide à donner sens peut aussi finir par nous enfermer.
COMME ÇA
Une description devient alors une frontière.
Le problème n’est donc peut-être pas que nous ayons des récits sur nous-mêmes.
Le problème commence lorsque nous ne pouvons plus les réviser.
« Voilà qui je suis. »
Le récit devient une définition.« Voilà comment je me comprends aujourd’hui. »
Le récit demeure une possibilité.Peut-être qu’un récit vivant n’est pas un récit qui nous explique parfaitement.
C’est un récit qui laisse encore quelque chose advenir.Cette histoire que je raconte sur moi-même est-elle encore vivante ?
Me permet-elle encore de rencontrer quelque chose d’inattendu ?
Existe-t-il une part de mon expérience qu’elle ne sait plus accueillir ?
une définition parfaite de soi
Une identité assez vaste
pour rester vivante
Peut-être n’avons-nous pas besoin d’une identité parfaitement cohérente.
Peut-être avons-nous besoin d’une identité suffisamment vaste pour accueillir nos transformations.
mes certitudes
mes doutes
mes forces
mes vulnérabilités
ce que j’ai été
ce qui apparaît
ce que j’ignore encore
EN MOUVEMENT
Nous pouvons alors cesser de considérer chaque contradiction comme une menace contre notre identité.
Il ne s’agit pas nécessairement de résoudre toutes ces tensions.
Certaines peuvent rester ouvertes.
Une vie humaine n’est peut-être pas une équation qui attend sa résolution.
Elle peut être un espace dans lequel plusieurs vérités apprennent à coexister.« Quelle version de moi est la bonne ? »
« Comment puis-je donner une place juste à ce qui existe en moi ? »
C’est peut-être ici que commence une autre manière de penser le récit.
Non plus seulement comme ce qui raconte une existence,
mais comme un espace dans lequel une existence peut encore se rencontrer autrement.Peut-être que grandir ne signifie pas devenir une version définitive de soi.
Peut-être que grandir signifie apprendre à reconnaître ce qui demeure, ce qui change, ce qui revient, et ce qui commence.
Être soi ne serait alors plus refermer le récit. Ce serait apprendre à l’habiter assez largement pour qu’il puisse rester vivant.
Une œuvre ne nous dit pas
qui nous sommes
Une œuvre n’a peut-être pas à nous donner une réponse.
Elle n’a pas nécessairement à résoudre nos contradictions, à expliquer notre histoire ou à déterminer ce que nous devrions devenir.
Elle peut accomplir quelque chose de plus discret.
légèrement notre regard
un récit devenu automatique
une relation jusque-là invisible
une possibilité sans l’imposer
L’œuvre devient alors moins un discours sur le monde qu’une manière de créer une expérience du regard.
L’œuvre ne renvoie pas nécessairement l’image que nous connaissons déjà.
Elle peut rendre perceptible quelque chose que notre récit habituel ne savait pas encore regarder.« Voici ce que vous êtes. »
« Que devient perceptible depuis ici ? »
Quelque chose peut alors apparaître dans l’espace entre l’œuvre et celui qui la traverse.
images
mots
formes
mémoire
sensibilité
récit
Le sens n’est alors entièrement contenu ni dans l’œuvre, ni dans celui qui la regarde.
Il se forme aussi dans la relation entre les deux.
Créer des situations
de résonance
C’est dans cet espace que se situent les Récits Vivants.
Non comme une méthode destinée à expliquer celui qui les traverse.
Non comme un dispositif chargé de produire une interprétation correcte.
constituent un dispositif artistique d’exploration narrative dans lequel images, textes, seuils et interactions créent des situations de résonance permettant au visiteur de rencontrer des possibilités de soi, de relation et de monde que son récit habituel ne rend pas toujours perceptibles.
ce qui se donne d’abord à percevoir
ce qui accompagne sans refermer
ce qui permet un déplacement
ce qui engage le visiteur
« Voici ce que cela signifie pour vous. »
ELLE DEMANDE PLUTÔT « Qu’est-ce qui, ici, résonne en vous ? »Rien ne garantit qu’un déplacement aura lieu.
Et peut-être est-ce essentiel.
Une œuvre ouverte ne décide pas à l’avance de ce qui doit être découvert.
Elle ménage un espace dans lequel quelque chose peut — ou non — advenir.une part de soi jusque-là silencieuse
une autre manière de rencontrer l’autre
une possibilité d’habiter autrement
n’est donc pas seulement celui qui regarde une œuvre.
Il devient l’un des lieux où l’œuvre peut continuer à se produire.Les Récits Vivants ne cherchent donc pas nécessairement à ajouter une nouvelle histoire à celles que nous portons déjà.
Ils cherchent plutôt à créer des espaces où nos histoires peuvent être regardées autrement.
Non pour nous dire qui nous sommes, mais pour rendre à nouveau perceptible ce que nous pourrions encore devenir, rencontrer ou habiter.
L’ombre n’était peut-être
pas obscure
Nous étions partis de l’ombre.
De ce que Jung nous invitait à reconnaître derrière l’image consciente que nous avons de nous-mêmes.
De ces parts moins visibles, parfois contradictoires, parfois dérangeantes, parfois simplement restées sans langage.
Nous l’imaginons facilement comme ce qu’il faudrait combattre, corriger ou dépasser.
Mais l’ombre peut aussi désigner ce qui n’a pas encore trouvé une place dans le récit que nous savons faire de nous-mêmes.le mal
une faute
un défaut à supprimer
une vérité cachée définitive
Elle peut aussi contenir des possibles qui n’ont pas encore trouvé leur forme.
une sensibilité
une colère
un désir
une créativité
une vulnérabilité
une autre manière d’être
ENCORE UNE PLACE
Tout ce qui apparaît n’a évidemment pas vocation à être suivi.
Reconnaître une part de soi ne signifie ni lui obéir, ni lui abandonner la direction de notre existence.
Il existe une différence entre donner une place à ce qui nous traverse
et laisser ce qui nous traverse décider entièrement de ce que nous devenons.Peut-être que devenir davantage soi-même ne consiste donc pas à découvrir enfin une identité cachée sous toutes les autres.
Peut-être s’agit-il plutôt de devenir capable d’habiter une histoire assez vaste pour que davantage de vie puisse y trouver place.Ce qui attend encore une place
Il existe peut-être en chacun de nous des récits que nous connaissons bien.
Ceux que nous racontons lorsque quelqu’un nous demande qui nous sommes.
Et puis il existe des phrases moins certaines.
Des intuitions. Des contradictions. Des gestes que nous n’avons jamais faits. Des chemins que nous n’avons pas pris. Des façons d’aimer, de créer, de penser ou d’habiter le monde qui n’ont pas encore trouvé leur forme.
Tout n’a peut-être pas encore été raconté.
Quelle histoire sur vous-même racontez-vous depuis si longtemps qu’elle vous paraît être la seule possible ?
Qu’est-ce que cette histoire vous permet de voir — et qu’est-ce qu’elle laisse dans l’ombre ?
Quelle part de vous n’a peut-être pas besoin d’être corrigée, mais simplement entendue ?
Et quelle possibilité deviendrait perceptible si votre récit devenait un peu plus vaste ?
Et si ce qui attend dans l’ombre
n’attendait pas d’être vaincu, mais rencontré ?Explorer le monde autrement.
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