Ce qui compte ne se compte pas toujours

Ce qui compte ne se compte pas toujours

Ce qui compte ne se compte pas toujours

Pour une reconnaissance des richesses invisibles

« Tout ce qui est vivant mérite parfois d'être protégé avant même d'être reconnu. »

Nous vivons dans une époque fascinante. Jamais les sociétés humaines n'ont disposé d'autant d'outils pour mesurer le monde.

Mais une question demeure : que devient ce qui ne se laisse pas facilement mesurer ?

Une parole qui réconforte. Un geste de solidarité. Une présence attentive. Une transmission discrète.

Toutes ces réalités participent à la vie commune et pourtant elles demeurent souvent invisibles aux systèmes de reconnaissance dominants.


Le malentendu de la valeur

Depuis plusieurs siècles, les sociétés industrielles ont développé une conception particulière de la richesse.

Est considéré comme productif ce qui génère une valeur économique identifiable.

Cette vision a permis d'immenses progrès matériels. Mais elle a également réduit notre regard.

Nous avons parfois fini par confondre :

  • le prix et la valeur ;
  • l'indicateur et la réalité ;
  • la mesure et le sens.

Bernard Friot et les contributions invisibles

Bernard Friot rappelle une distinction fondamentale :

Le travail n'est pas l'emploi.

De nombreuses activités utiles produisent de la richesse sans être reconnues comme du travail :

  • élever des enfants ;
  • accompagner un proche ;
  • transmettre un savoir ;
  • créer ;
  • s'engager dans la vie citoyenne.

Sa question est simple :

Pourquoi certaines contributions sont-elles reconnues tandis que d'autres demeurent invisibles ?

Roland Gori et la dignité de la parole

Roland Gori observe une autre forme d'appauvrissement.

À mesure que les logiques gestionnaires progressent, tout semble devoir être évalué.

Or certaines dimensions essentielles de l'expérience humaine résistent à toute quantification :

  • une rencontre ;
  • une écoute ;
  • une prise de conscience ;
  • une parole qui libère.

L'humain ne se réduit pas à ce qui peut être administré.


Hannah Arendt et la liberté d'agir

Pour Hannah Arendt, l'être humain n'est pas seulement un producteur.

Il est également un acteur capable d'initiative.

La liberté consiste aussi à introduire quelque chose de nouveau dans le monde :

  • agir ;
  • parler ;
  • créer ;
  • participer à un monde commun.

Thomas Berry et la communauté du vivant

Thomas Berry nous invite à élargir encore notre regard.

Nous ne sommes pas séparés de la nature. Nous appartenons à une communauté plus vaste : celle du vivant.

Prendre soin du monde vivant revient finalement à prendre soin de notre propre maison commune.


Les veilleurs des richesses invisibles

À première vue, ces auteurs parlent de sujets différents.

Pourtant, ils convergent vers une même intuition : réhabiliter des formes de valeur que nos récits dominants tendent parfois à oublier.

  • La valeur du travail vivant.
  • La valeur de la parole vivante.
  • La valeur de l'action libre.
  • La valeur du vivant lui-même.

Habiter le monde autrement

Le défi de notre époque n'est pas d'abandonner les outils de mesure.

Le défi consiste à ne pas leur abandonner le dernier mot.

Car tout ce qui a de la valeur ne possède pas nécessairement un prix.

Tout ce qui nourrit une société ne génère pas toujours un marché.

Tout ce qui transforme une vie ne produit pas forcément un indicateur.


Peut-être est-ce là la mission discrète des veilleurs de récits vivants : reconnaître la valeur de ce qui nourrit la vie avant que le monde ne sache à nouveau la reconnaître.

— Zéphyr Avenel

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