Quel monde mérite d'être habité après la compétition ?

Quel monde mérite d'être habité après la compétition ?

Quel monde mérite d'être habité après la compétition ?

Puissance, intelligence artificielle et finalités humaines


« La question n'est peut-être pas de savoir qui gagnera la compétition. La question est de savoir quel monde nous aurons construit pendant que nous courions. »

Partout dans le monde, les investissements dans l'intelligence artificielle atteignent des niveaux historiques.

Les États-Unis accélèrent. La Chine accélère. L'Europe tente de préserver sa souveraineté. Les entreprises investissent des centaines de milliards dans les infrastructures numériques, les centres de données et les systèmes d'intelligence artificielle.

Face aux tensions géopolitiques, aux régimes autoritaires, aux guerres hybrides et aux incertitudes du XXIᵉ siècle, la souveraineté technologique apparaît comme une nécessité.

Mais une question demeure étonnamment discrète :

Quel monde cherchons-nous réellement à construire grâce à cette puissance ?


La course

Une grande partie des débats contemporains ressemble à une immense course.

  • Course à l'innovation.
  • Course à la productivité.
  • Course à la puissance de calcul.
  • Course aux données.
  • Course à l'autonomie stratégique.

Cette compétition est réelle. Les rapports de force existent. Les menaces existent. Les tensions géopolitiques existent.

Pourtant, à mesure que la compétition s'intensifie, une autre question semble s'effacer : celle du sens.


Plus puissants. Mais pour quoi ?

Les sociétés modernes excellent dans l'art du « comment ».

  • Comment produire davantage ?
  • Comment calculer plus vite ?
  • Comment automatiser ?
  • Comment optimiser ?
  • Comment accélérer ?

Mais elles semblent parfois moins à l'aise avec une autre question :

Pourquoi ?

Pourquoi développer ces capacités ? Pour servir quelle vision de l'humain ? Pour nourrir quelle culture ? Pour faire émerger quel monde ?

Une civilisation ne se définit pas uniquement par les moyens dont elle dispose. Elle se définit également par les finalités qu'elle poursuit.


La puissance comme moyen

Nous avons souvent tendance à considérer la puissance comme une finalité.

  • Plus de puissance économique.
  • Plus de puissance militaire.
  • Plus de puissance technologique.
  • Plus de puissance informationnelle.

Pourtant, la puissance n'est qu'un moyen.

Une société peut devenir extrêmement puissante sans pour autant devenir plus sage.

La véritable question devient alors :

Quelle culture mérite d'être servie par cette puissance ?

Ce qui survit aux empires

Les empires naissent. Les empires prospèrent. Les empires disparaissent.

Mais certaines choses demeurent :

  • Les récits.
  • Les œuvres.
  • Les philosophies.
  • Les formes de sagesse.
  • Les manières d'habiter le monde.

Lorsque nous évoquons aujourd'hui les grandes civilisations du passé, nous parlons souvent davantage de leurs héritages culturels que de leurs anciennes victoires militaires.

Ce qui traverse le temps n'est pas toujours la puissance. C'est souvent ce que cette puissance a rendu possible.


Le risque d'une civilisation sans finalité

L'intelligence artificielle offre des possibilités extraordinaires.

  • Aider à soigner.
  • Aider à apprendre.
  • Aider à créer.
  • Aider à comprendre.
  • Aider à coopérer.

Mais elle peut également amplifier certaines logiques déjà présentes :

  • Accélération permanente.
  • Surveillance.
  • Concentration du pouvoir.
  • Compétition sans fin.
  • Extraction accrue des ressources.

La technologie ne décide pas à notre place. Elle amplifie souvent les intentions qui la guident.


Le contrepoids culturel

Nous parlons beaucoup de régulation. De souveraineté. De sécurité.

Mais nous parlons moins de culture.

Or toute puissance a besoin d'un contrepoids culturel.

Non pour freiner systématiquement l'innovation. Mais pour lui poser des questions essentielles :

  • Que cherchons-nous réellement à protéger ?
  • Qu'est-ce qu'une vie bonne ?
  • Qu'est-ce qu'une société habitable ?
  • Qu'est-ce qui mérite d'être transmis ?
  • Comment préserver la dignité humaine ?
  • Comment habiter la Terre sans l'épuiser ?

Après la compétition

Imaginons un instant que la course soit gagnée.

Que les modèles deviennent plus performants. Que les infrastructures deviennent plus puissantes. Que les objectifs stratégiques soient atteints.

Et ensuite ?

Que restera-t-il ?

  • Plus de calcul ?
  • Ou plus de sagesse ?
  • Plus de données ?
  • Ou plus de compréhension ?
  • Plus de contrôle ?
  • Ou plus de liberté ?

La question n'est pas de savoir qui gagnera la compétition.

La question est de savoir quel monde nous aurons construit pendant que nous courions.


Les veilleurs des finalités

Peut-être avons-nous aujourd'hui besoin d'ingénieurs. De scientifiques. D'entrepreneurs. De décideurs.

Mais aussi de philosophes. D'artistes. D'enseignants. D'écrivains. De passeurs de récits. De veilleurs.

Des femmes et des hommes capables de rappeler que la puissance n'est pas une destination.

Elle est une responsabilité.

Et qu'une civilisation mature ne se mesure pas uniquement à la force de ses outils.

Elle se mesure à ce qu'elle choisit de faire fleurir grâce à eux.


Quel monde mérite d'être habité après la compétition ?

🌿

— Zéphyr Avenel

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