DE L'ÉCOLOGIE RELATIONNELLE À L'ÉCOLOGIE NARRATIVE
De l’écologie relationnelle
à l’écologie narrative
Prendre soin de ce qui se passe entre nous
pour rouvrir un monde commun
“Toute personne qui communique avec le meilleur d’elle-même est à sa façon un agent de changement pour un monde plus libre.
Ce qui existe
entre nous
Nous pourrions ne voir dans les paroles de Jacques Salomé qu’une invitation à mieux communiquer.
Mais cette intuition nous conduit peut-être plus loin.
Quelque chose du monde se joue dans la manière dont nous entrons en relation.
Dans notre capacité à poser une limite sans réduire l’autre à ce qu’il vient de faire.
Dans notre manière d’accueillir une différence sans chercher immédiatement à la supprimer.
Dans la possibilité de nous définir sans définir l’autre à sa place.
Une part importante de son travail consiste précisément à déplacer notre attention :
ne plus regarder seulement les personnes, mais aussi la qualité de ce qui circule entre elles.
Il ne s’agit pas ici de faire de la Méthode ESPERE le fondement d’une théorie narrative.
Il s’agit de partir de l’une de ses intuitions pour la déplacer.
circulent aussi des histoires,
des représentations,
des interprétations,
des identités,
Et si prendre soin de la relation supposait également de prendre soin des récits qui l’habitent ?
✦
Nous arrivons
accompagnés d’histoires
Lorsque nous rencontrons quelqu’un, nous n’arrivons jamais seuls.
Nous arrivons avec les histoires que nous avons reçues.
Celles que nous avons construites pour comprendre ce qui nous est arrivé.
Celles que les autres racontent sur nous.
Celles que nous racontons sur eux.
Et celles que nous nous racontons à nous-mêmes.
nous ne sommes jamais simplement deux.
✦Ce que je raconte
de toi
Ce que je raconte
de moi-même
RELATION
Ce que tu racontes
de moi
Ce que tu racontes
de toi-même
les récits plus vastes dans lesquels notre rencontre prend place.
La relation n’est pas seulement interpersonnelle.
Elle est aussi
narrative.
Et parfois, l’histoire est déjà là avant même que la rencontre ait commencé.
Lorsque le récit arrive
avant la personne
Il arrive que l’histoire soit déjà présente avant que la rencontre ait réellement commencé.
de parler
social
et déjà une histoire
commence à se former.
rencontrer
quelqu’un
rencontrer d’abord
une catégorie
Il peut organiser notre perception avant même que nous ayons conscience d’interpréter.
L’autre risque de ne plus être quelqu’un que nous découvrons.
Il devient celui que nous croyons déjà connaître.
Nous pouvons devenir prisonniers de notre propre récit.
Je suis comme cela.
Je n’ai jamais su faire cela.
Ce n’est pas pour moi.
Je serai toujours ainsi.
Les gens comme moi ne font pas cela.
Un récit qui nous avait peut-être aidés à comprendre notre existence
peut finir par définir les frontières de ce que nous nous autorisons à devenir.
Le problème n’est pas que nous ayons des récits.
Le problème commence lorsqu’un récit ne peut plus être réinterrogé.
Et si nous n’avions pas à nous libérer des récits, mais à apprendre à les garder vivants ?
✦
Nous avons besoin
des récits
Il serait tentant de conclure qu’il faudrait nous libérer des histoires.
nous ne vivons pas
sans récits.
RICŒUR
NARRATIVE
Paul Ricœur a montré combien l’identité humaine entretient une relation profonde avec la narration.
Nous rendons notre existence intelligible en configurant les événements qui la composent.
ce qui semblait dispersé
ce qui nous est arrivé
dans le temps
Il peut être une manière d’habiter notre expérience.
✦Une histoire de soi n’est pas une histoire définitivement écrite.
Elle peut être relue.
Elle peut être réinterprétée.
Elle peut être reconfigurée.
Les événements ne changent pas.
Leur place et leur sens dans l’histoire que nous pouvons en faire.
De nouveaux événements peuvent modifier le sens des anciens.
Une rencontre peut éclairer autrement ce que nous pensions connaître.
Une parole peut déplacer une interprétation longtemps tenue pour définitive.
Comment sortir
des récits ?
Comment conserver des récits suffisamment vivants
pour qu’ils puissent encore être transformés par ce qui arrive ?
Car tout ce que nous pouvons devenir n’est peut-être pas encore contenu dans l’histoire que nous savons raconter.
Les récits empêchés ne sont pas nécessairement des récits cachés
Certaines histoires occupent le premier plan de nos existences.
D’autres restent dans les marges.
une sensibilité
une colère
une vocation
une fragilité
une intuition
une autre manière d’aimer
une possibilité de soi
une autre manière d’habiter le monde
que ces possibilités constituent une vérité intérieure déjà présente,
cachée quelque part en nous et attendant simplement d’être révélée.
Certaines possibilités
n’existent pas entièrement avant la relation qui leur permet d’apparaître.
Elles émergent.
Quelqu’un nous écoute autrement.
Une œuvre nous pose une question que nous n’avions jamais rencontrée.
Une conversation déplace une évidence.
Une expérience rend pensable ce qui ne l’était pas.
Un regard ne nous assigne pas immédiatement à ce que nous avons été.
quelque chose devient possible.
quelque chose qui aurait toujours existé, intact, au plus profond de nous.
quelque chose qu’une situation nouvelle rend enfin capable d’apparaître.
Le possible n’est pas toujours quelque chose que nous découvrons.
Il peut être quelque chose qui apparaît dans la relation.
quelque chose qui n’appartenait encore entièrement à personne.
Si les relations peuvent permettre à certaines possibilités d’apparaître, alors une nouvelle question devient nécessaire :
Vers une
écologie narrative
Si certaines relations permettent à des possibilités d’apparaître, alors les récits ne peuvent plus être considérés comme de simples contenus.
Un récit n’existe jamais tout seul.
Il existe dans un milieu.
familles
écoles
médias
institutions
œuvres
communautés
langages
plateformes
Tous ces espaces participent à déterminer quelles histoires deviennent visibles, crédibles, partageables ou pensables.
Nous vivons ainsi au milieu de récits que nous n’avons pas tous choisis.
Certains nous précèdent. Certains nous orientent. Certains nous donnent des mots.
D’autres rendent certaines expériences difficiles à nommer, parce qu’aucune histoire disponible ne semble encore pouvoir les accueillir.
Tous les récits n’ont pas le même pouvoir d’exister.
Certains disposent de davantage de lieux, de moyens, de légitimité ou de répétition.
D’autres demeurent fragiles, périphériques, ou presque inaudibles.
répété
reconnu
légitimé
rendu familier
dispersé
peu entendu
difficile à nommer
parfois impensable
Mais être minoritaire, marginal ou empêché ne rend pas automatiquement un récit juste.
de remplacer un récit dominant par un autre,
mais de préserver un milieu dans lequel les récits puissent se rencontrer, se contredire, se transformer et être réinterrogés.
Nous pouvons alors appeler écologie narrative l’attention portée
aux récits qui circulent
aux relations entre ces récits
aux conditions de leur apparition
aux pouvoirs qui les rendent audibles ou invisibles
aux possibles qu’ils ouvrent ou qu’ils ferment
La diversité compte.
Les relations comptent.
Les conditions d’apparition comptent.
Mais surtout : la possibilité de transformation compte.
Il sait déjà ce que les événements doivent signifier.
↓ Il confirme.Il peut être déplacé par ce qu’il rencontre.
↓ Il se transforme.ne cherche donc pas seulement à multiplier les histoires.
Elle cherche à préserver les conditions dans lesquelles aucune histoire ne puisse prétendre épuiser définitivement le réel.
Dès lors, écouter quelqu’un ne consiste peut-être plus seulement à entendre ce qu’il raconte.
Cela peut aussi signifier ne pas refermer trop vite l’histoire dont il est capable.
Écouter
sans assigner
Nous n’écoutons jamais quelqu’un depuis un lieu entièrement neutre.
nous avons souvent déjà commencé à raconter qui il est.
de ce qu’il a déjà fait
sur ce qu’il fera probablement
pour comprendre rapidement
qui orientent parfois notre regard
Ce que nous savons de quelqu’un peut alors devenir
la frontière de ce que nous lui permettons encore d’être.
Tu es toujours comme ça.
Je te connais.
Tu feras encore la même chose.
C’est tout toi.
c’est peut-être commencer par reconnaître
que l’autre est toujours plus vaste que l’histoire que nous savons raconter de lui.
oublier ce qui s’est passé, nier les actes, effacer les responsabilités ou renoncer aux limites.
Reconnaître ce qui a eu lieu.
Le passé compte.Décider que ce passé dit définitivement qui quelqu’un est.
Le possible se ferme.de ce qui a réellement eu lieu
à ce qui n’a peut-être pas encore eu lieu
Elle ne consiste plus seulement à recueillir une information.
Elle peut devenir un espace dans lequel quelque chose qui n’avait pas encore de place devient racontable.
peut apparaître quelque chose que ni l’un ni l’autre ne connaissait encore.
Résister à la tentation de refermer immédiatement ce que l’autre essaie de dire.
Entendre aussi ce qui ne correspond pas encore à l’histoire que nous connaissions.
Accepter que notre compréhension de l’autre puisse elle aussi être transformée.
l’une des formes les plus profondes de l’écoute pourrait commencer par trois mots :
Pas comme renoncement à comprendre, mais comme refus de comprendre trop vite.
peut protéger la relation.
peut parfois être nécessaire.
peut être pleinement légitime.
Ne pas assigner quelqu’un ne signifie donc jamais se rendre disponible à tout.
Peut-être qu’une relation devient vivante lorsqu’elle sait tenir ensemble
Mais ce geste ne concerne pas seulement nos relations individuelles.
Une société elle aussi peut enfermer les êtres dans les histoires qu’elle raconte d’eux.
Quand une société raconte
qui nous sommes
Ce qui se joue entre deux personnes se joue aussi à l’échelle d’une société.
Nous sommes aussi entourés d’histoires sur les personnes.
Elles nomment, classent et organisent.
Ils rendent certains récits plus visibles que d’autres.
Elle transmet des savoirs, mais aussi des représentations.
Elles hiérarchisent ce qui devient perceptible.
Elles donnent forme à des manières d’habiter le monde.
Elles reproduisent parfois ces récits — ou les déplacent.
À force de circuler, une interprétation peut finir par sembler aller de soi.
une catégorie nécessaire pour comprendre une situation
devient une histoire censée expliquer entièrement une personne.
peut aider à décrire une situation.
ne peut être épuisée par cette description.
une caractéristique devient une identité totale ;
une situation devient un destin ;
une appartenance devient une explication ;
une histoire passée devient une prédiction.
lorsqu’elle cesse de dire
« voici quelque chose que nous savons de vous »
et commence à dire « voilà qui vous êtes. »
Cela ne signifie pas que toute catégorie soit oppressive, ni que toute institution impose nécessairement un récit.
Nous avons besoin de mots, de catégories et de représentations pour rendre le monde intelligible.
« pouvons-nous vivre sans catégories ? »
MAIS« nos catégories restent-elles révisables au contact du réel ? »
Il transforme ses catégories en certitudes.
Il interprète l’inédit avec ce qu’il sait déjà.
Il confirme.Il accepte que ses catégories puissent être insuffisantes.
Il peut être déplacé par ce qu’il rencontre.
Il apprend.Une personne peut déborder la catégorie qui la décrivait.
Une expérience peut faire évoluer les mots disponibles.
Une société peut réviser ce qu’elle croyait savoir.
Un contre-récit peut rendre visible ce qui était occulté.
Mais s’il devient à son tour incapable d’être interrogé, il peut reproduire la fermeture qu’il voulait combattre.
ne suppose donc pas que toutes les histoires soient équivalentes.
Elle suppose qu’aucune histoire ne soit dispensée de rencontrer le réel, les autres et la contradiction.
pour que plusieurs expériences puissent devenir visibles ;
pour qu’aucun récit ne devienne intouchable ;
pour que ce que nous découvrons puisse réellement modifier nos représentations.
Peut-être reconnaît-on une société vivante non au fait qu’elle possède le bon récit,
mais à sa capacité de laisser ses récits être transformés par ce qu’ils ne savaient pas encore voir.
Reste alors une question plus profonde.
Si nos récits peuvent nous enfermer, mais aussi rouvrir le possible, quel rôle peut jouer la création ?
Créer, ce n’est pas seulement
représenter
Si les récits participent à ce que nous percevons, alors créer un récit n’est jamais tout à fait un geste extérieur au monde.
Mais elle peut aussi rendre perceptible ce qui n’avait pas encore trouvé de forme.
Donner une forme à quelque chose que nous savons déjà reconnaître.
« Voici le monde. »Faire apparaître une relation, une possibilité ou une expérience que nous ne savions pas encore voir.
« Regarde encore. »Elle ne consiste plus seulement à produire des représentations.
Elle peut devenir une manière d’élargir le champ du perceptible.
ce qui demeurait dans les marges de nos représentations ;
ce que l’explication seule ne permettait pas d’éprouver ;
ce qui semblait jusque-là impossible ou impensable.
Une œuvre peut déplacer la frontière elle-même.
Ouvrir un possible ne signifie pas dire au lecteur, au spectateur ou au visiteur ce qu’il doit penser.
organise les signes vers une conclusion déjà déterminée.
Il réduit l’espace d’interprétation.organise une rencontre dont le résultat n’est pas entièrement écrit.
Elle augmente l’espace d’interprétation.Une œuvre vivante ne nous dit peut-être pas
Elle nous place plutôt dans une situation où nous pouvons
une forme, une image, un récit.
avec sa propre expérience.
depuis un lieu qui lui appartient.
quelque chose dans sa manière de percevoir sa vie, les autres ou le monde
se déplace.Non pas un message qu’il faudrait correctement décoder,
mais un espace de relations dans lequel peuvent apparaître des significations qui n’existaient pas encore.
Récits Vivants
Un récit vivant n’est pas seulement une histoire racontée.
C’est un dispositif de rencontre entre un récit, une personne et ce qui peut émerger entre les deux.
quelque chose peut devenir perceptible.
que nous n’avions jamais formulée ;
que nous n’avions pas encore perçue ;
que notre ancien récit rendait invisible ;
que nous pouvons commencer à habiter.
Une œuvre ne transforme pas automatiquement celui qui la rencontre.
Elle peut seulement créer les conditions d’une rencontre dans laquelle une transformation devient possible.
ne chercherait donc pas seulement à produire davantage d’histoires.
Elle chercherait à créer des formes capables de maintenir le possible ouvert.
afin que quelque chose reste disponible à l’interprétation ;
afin que l’expérience puisse dépasser le récit proposé ;
afin que la rencontre demeure réellement vivante.
Peut-être que la puissance la plus profonde d’une œuvre n’est pas de nous donner
mais de rendre à nouveau perceptible
Mais ouvrir des possibles engage aussi une responsabilité.
Car tous les récits ne rendent pas le monde plus habitable.
Comment discerner ce qu’un récit fait à la vie ?
Ce qu’un récit fait
à la vie
Si les récits participent à notre manière de percevoir les autres, nous-mêmes et le monde, alors une question devient inévitable.
« Ce récit est-il bon ? »
NOUS POUVONS AUSSI DEMANDER« Que rend-il possible dans la vie ? »
Interroger les effets d’un récit ne signifie pas renoncer à la question de sa vérité.
Un récit peut être factuellement faux, trompeur ou manipulateur. Cela compte.
Mais même lorsqu’il dit quelque chose de vrai, une autre question demeure : que fait cette manière de raconter ?
son contenu,
ses affirmations,
ses représentations
les perceptions,
relations et possibles
qu’il contribue à produire
Il peut devenir une manière d’organiser notre attention.
Il nous apprend parfois ce qu’il faut regarder, ce qu’il faut craindre, ce qui mérite d’exister et ce qui peut rester invisible.
Que rend-il visible ?
Quelles expériences, quelles personnes, quelles relations deviennent plus perceptibles grâce à lui ?
Que laisse-t-il hors champ ?
Quelles expériences disparaissent lorsque cette histoire devient la seule manière de raconter ?
Que fait-il aux autres ?
Nous aide-t-il à rencontrer des personnes singulières, ou seulement les catégories auxquelles nous les avons assignées ?
Que rend-il imaginable ?
Agrandit-il le champ de ce qui pourrait advenir, ou transforme-t-il le présent en destin ?
Peut-il encore être transformé ?
Peut-il rencontrer un fait, une expérience ou une voix capable de modifier ce qu’il croyait déjà savoir ?
Vivant ne veut pas dire confortable.
Certains récits nous dérangent précisément parce qu’ils rendent visible ce que nous préférerions ne pas voir.
Un récit peut nous confronter, nous déstabiliser ou nous mettre en contradiction sans pour autant nous enfermer.
contre
ou
lorsqu’il explique tout ce qu’il rencontre avec ce qu’il savait déjà ;
lorsqu’aucun fait ne peut réellement le déplacer ;
lorsqu’il transforme les personnes en rôles déjà écrits.
lorsqu’il peut rencontrer ce qu’il n’avait pas prévu ;
lorsqu’une expérience peut encore modifier son interprétation ;
lorsqu’il laisse aux êtres la possibilité de devenir autrement.
Après avoir traversé ce récit, le monde paraît-il
Un monde habitable peut contenir du conflit, de l’incertitude, du tragique et du désaccord.
Ce qui le rend habitable est peut-être précisément que rien n’y oblige les êtres à devenir les personnages d’une histoire écrite d’avance.
la capacité d’écouter
la complexité perceptible
la singularité des personnes
la possibilité de réviser
l’imagination du possible
la capacité d’attention
la perception des relations
la pluralité des expériences
la capacité de questionner
l’ouverture des possibles
Ces critères ne doivent pas devenir une nouvelle police des récits.
Une écologie narrative ne consiste pas à décider quelles histoires ont le droit d’exister.
d’un récit devenu dominant ;
des histoires disponibles ;
de ceux qui étaient racontés sans pouvoir parler ;
des récits au contact du réel.
ne consiste donc peut-être pas à produire des récits irréprochables.
Elle consiste à rester attentif aux mondes que nos récits contribuent à rendre possibles.
C’est dans cette relation que ses effets deviennent perceptibles.
La question éthique d’un récit n’est donc peut-être pas seulement
mais aussi
une histoire n’a donc pas besoin d’être rassurante, consensuelle ou positive.
Elle doit pouvoir demeurer assez ouverte pour que la vie ne soit jamais entièrement réduite à ce qu’elle raconte d’elle.
Peut-être qu’un récit devient vivant lorsqu’il cesse de vouloir
et commence à accepter
Il reste alors à revenir au geste le plus simple.
Dans une relation, dans une œuvre, dans une société :
comment laisser à l’autre une place qu’aucun récit n’a encore occupée ?
Laisser une place
à ce qui n’est pas encore raconté
Peut-être est-ce là l’un des gestes les plus simples et les plus difficiles.
Nous racontons pour comprendre.
Nous racontons pour transmettre.
Nous racontons parfois pour supporter ce qui nous arrive.
Nous racontons aussi pour donner une continuité à ce qui semblait dispersé.
ne contient entièrement une existence.
Aucun récit ne contient entièrement une personne.
Aucun récit ne contient entièrement un monde.
Il reste toujours quelque chose
que nous n’avions pas encore reconnue ;
qui n’avait pas encore trouvé sa place ;
que notre ancienne histoire ne savait pas voir ;
que nous ne savions pas encore imaginer.
pourrait alors signifier autre chose que chercher l’histoire qui l’explique.
Ce pourrait être accepter qu’elle demeure plus vaste que le récit que nous avons d’elle.
l’autre entre dans une histoire déjà écrite.
« Je sais qui tu es. »quelque chose peut encore me surprendre.
« Qui deviens-tu ? »Laisser une place vide ne signifie pas ne rien savoir.
Cela signifie laisser dans ce que nous savons un espace où quelque chose peut encore apparaître.
nous pouvons reconnaître les faits, les actes et leurs conséquences ;
accueillir la complexité n’oblige jamais à tout accepter ;
plusieurs récits possibles ne signifient pas que toutes les affirmations se valent ;
ne consiste donc pas à renoncer à comprendre.
Cela consiste à accepter que notre compréhension puisse rester inachevée.
Ne pas se réduire à ce que nous avons été.
Notre passé compte, mais il n’épuise pas ce que nous pouvons devenir.
Ne pas enfermer l’autre dans ce que nous savons de lui.
Une relation reste vivante lorsque la surprise demeure encore possible.
Ne pas confondre le présent avec le seul avenir possible.
Une société reste vivante lorsqu’elle peut encore imaginer autrement.
Il n’est plus une cage destinée à contenir le réel.
Il devient une forme provisoire à travers laquelle le réel peut devenir perceptible.
n’est donc peut-être pas celui qui raconte tout.
C’est celui qui sait qu’au-delà de ce qu’il raconte
Nous revenons parfois aux mêmes histoires.
Mais nous n’y revenons jamais exactement depuis le même lieu.
Et c’est peut-être ainsi qu’un récit reste vivant.ne cherchent pas à proposer une histoire définitive de nous-mêmes ou du monde.
Ils cherchent à créer des situations de résonance dans lesquelles peuvent redevenir perceptibles des possibilités de soi, de relation et de monde que nos récits habituels ne nous permettaient plus de voir.
Peut-être notre responsabilité n’est-elle donc pas seulement de choisir les histoires que nous racontons.
Elle est aussi de veiller à ce qu’aucune histoire ne prenne toute la place.
Car il existe peut-être toujours, derrière ce que nous croyons savoir,
Et derrière cette autre histoire,
Peut-être est-ce là que commence un récit vivant :
lorsque l’histoire cesse d’avoir le dernier mot.Il n’est peut-être pas nécessaire de conclure davantage.
Certaines questions ont moins besoin d’une réponse que d’un espace où continuer à vivre.
Et maintenant,
qu’allez-vous
laisser ouvert ?Une histoire que vous racontez depuis longtemps ?
✦Une certitude sur quelqu’un ?
✦Une manière de vous raconter vous-même ?
✦Une possibilité que vous aviez cessé d’imaginer ?
Vous pouvez simplement laisser la question vous accompagner.
Car une histoire peut être une demeure.
Elle peut aussi devenir une frontière.
Peut-être avons-nous besoin de récits qui sachent laisser une porte ouverte.
Garder la question
et observer, dans les jours qui viennent, les histoires qui organisent silencieusement votre regard.
Entrer dans les Récits Vivants
et poursuivre cette exploration par les textes, les seuils, les images et les passages de l’œuvre.
Une œuvre à traverser
Textes, images, seuils et interactions composent un territoire narratif qui ne demande pas seulement à être lu.
Il invite à rencontrer d’autres possibilités de soi, de relation et de monde.
Entrer dans l’univers →Le récit s’arrête ici.
La traversée, peut-être, continue.
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